Prix jacques-brossard
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Lauréats - Années 1984-1989

1984

Lauréat 
Denis Côté
pour Hockeyeurs cybernétiques
et Les Parallèles célestes (romans)

Photo : W.B. Edwards

Finalistes 
Marcel Beaulieu pour Mécanique amour à Mono-Bar (nouvelle)
Agnès Guitard pour Coineraine (nouvelle)

Membres du jury 
Paul-André Bourque, président
Gaétan Godbout
Claude Janelle

Bourse : 1 500 $

Commanditaire principal : ministère des Affaires culturelles

Québec, 24 avril 1984. – En désignant Denis Côté comme lauréat du Grand Prix de la science-fiction et du fantastique québécois, le jury a voulu reconnaître l’importance de l’apport de l’auteur à la science-fiction pour la jeunesse et la qualité littéraire de ses deux romans ancrés dans la réalité québécoise.

À l’aide de structures narratives simples et de situations quotidiennes, Denis Côté parvient à créer des univers vraisemblables. Il propose, à partir de  phénomènes sociaux qu’il analyse, quelques questionnements qui concernent et passionnent les adolescents : le hockey, la pluralité des mondes, les extraterrestres et les OVNI, les sectes et sociétés secrètes, etc. On lui reconnaît aussi une écriture très alerte que vient relever une constante de sa démarche : le suspense. Sans compter que la lecture d’une œuvre de Denis Côté incite toujours le lecteur à aller voir ce qu’il y a au-delà des apparences.


1985

Paul-André Bourque
Paul-André Bourque, président du jury, félicite le lauréat, André Berthiaume (à droite).



Lauréat 
André Berthiaume
pour Incidents de frontière
(recueil de nouvelles)

Photo : Daniel Sernine


Finalistes
Marie José Thériault pour Les Demoiselles de Numidie (roman)
Élisabeth Vonarburg pour Janus (recueil de nouvelles), Oneiros et Voyage au bout de la nuit ordinaire (nouvelles)

Membres du jury
Paul-André Bourque, président
Vital Gadbois
Michel Lord

Bourse : 1 500 $

Commanditaire principal : Compélec inc.

Montréal, 25 mars 1985. – Le recueil d’André Berthiaume se caractérise par une attention au petit détail, prétexte à évocation d’un souvenir attendri ou faille par laquelle s’insinue le fantastique. L’art d’André Berthiaume repose sur la simplicité, sur la qualité du regard qu’il pose sur les choses et les événements.

Le miracle de l’écriture fait en sorte que les images, les gestes et les incidents évoqués échappent à la trivialité. C’est qu’il y a toujours dans ces courtes nouvelles un élément perturbateur qui donne une autre dimension à la réalité. Les personnages acquièrent ainsi une ambiguïté tout à fait remarquable qui contribue à laisser ouverte la fin des nouvelles.

Le jury a été unanime à reconnaître l’immense plaisir de lecture qu’offre Incidents de frontière dont la qualité d’écriture est constante d’une nouvelle à l’autre. Il a souligné la grande maîtrise d’André Berthiaume dans la pratique d’un fantastique moderne qui rejoint la manière universellement reconnue des meilleurs écrivains sud-américains. En arrêtant son choix sur André Berthiaume, le jury a également voulu mettre en lumière la renaissance de la nouvelle au Québec. C’est en effet à ce genre littéraire qu’appartiennent les textes les plus intéressants de l’année 1984 dans le domaine de la science-fiction et du fantastique.


1986

Vital Gadbois, président du jury, s’entretient avec la lauréate Esther Rochon.

Lauréate 
Esther Rochon
pour L’Épuisement du soleil (roman), Le Piège à souvenirs et Au fond des yeux (nouvelles)

Photo : Claude Janelle


Finalistes
François Gravel pour La Note de passage (roman)
Jean-Pierre April pour Coma-123, automatex, Les Croqueurs de carapace, Impressions de Thaï Deng, Mort et Télévie de Jacob Miro et La Survie en rose (nouvelles)

Membres du jury
Vital Gadbois, président
Claude Janelle
Michel Lord

Bourse : 1 500 $

Commanditaire principal : Compélec inc.

Québec, 17 mars 1986. – En accordant le Grand Prix de la science-fiction et du fantastique québécois à Esther Rochon, le jury a voulu souligner l’importance que revêt particulièrement la publication de L’Épuisement du soleil. Ce roman ambitieux, fruit de nombreuses années d’élaboration et de rédaction, présente une vaste fresque de l’histoire du peuple asven et donne une dimension épique à cet univers qu’En hommage aux araignées avait à peine esquissé en 1974. De là l’importance de la parution de cette œuvre attendue depuis longtemps. Le souffle épique qui traverse cette œuvre, la puissance de l’imaginaire, le foisonnement des symboles et le ton personnel de l’écriture ont séduit les membres du jury.

Il n’existe pas, dans la science-fiction québécoise, d’exemple semblable d’une vision aussi large d’un monde imaginaire. La richesse du roman repose aussi sur les diverses lectures auxquelles il se prête, sur son symbolisme discret et sur la fusion de plusieurs courants de pensée et d’écriture modernes. Aborder l’œuvre d’Esther Rochon, c’est en effet appréhender une pensée articulée, une philosophie de la vie axée sur la recherche de l’harmonie, sur la quête de la sagesse intérieure.



1987

Les trois finalistes de l’année 1987 : Esther Rochon, Bertrand Bergeron et Claude D’Astous.

Lauréate 
Esther Rochon
pour Coquillage (roman), La Nappe de velours rose et Dans la forêt de vitrail (nouvelles)

Photo : Claude Janelle


Finalistes
Bertrand Bergeron pour Parcours improbables (recueil de nouvelles) et La Vie de faubourg (nouvelle)
Claude D’Astous pour L’Étrange Monument du désert libyque (roman) 

Membres du jury 
Louis-Philippe Hébert, président
Jean-Marc Gouanvic
Jean Pettigrew
Luc Pomerleau
Michel Truchon

Bourse : 1 500 $

Commanditaire : Logidisque

Montréal, 13 avril 1987. – Le jury a reconnu, en arrêtant son choix sur l’oeuvre d’Esther Rochon, la très grande qualité de son écriture et la richesse de son imaginaire. Coquillage est un roman de science-fiction qui renouvelle les concepts dichotomiques de la beauté et de la laideur grâce à l’ouverture d’esprit et à la générosité dont l’auteure fait preuve. Les membres du jury ont aussi souligné sa grande maîtrise de la narration.

Esther Rochon pratique un style nerveux et classique d’où tout effort d’écriture semble absent tant la phrase est souple et le rythme coulant, fluide. Le découpage narratif de Coquillage est un modèle de construction tant les transitions entre les différentes époques du récit se font de façon harmonieuse.

Dans ce court roman, l’auteure subvertit les normes existantes qui définissent la beauté et la laideur. Elle met en scène une relation faite de fascination et de dégoût entre un homme, Thrassl, et un monstre-nautile. La vision du monde qui en résulte se trouve complètement changée par le contact avec cet être qui n’a aucune apparence humanoïde. Fascinée comme H. P. Lovecraft par la monstruosité et la laideur, Esther Rochon dépasse le stade primaire de la répulsion et fait de son nautile un monstre positif.

Son œuvre s’élabore en marge des modes mais réussit pourtant le tour de force de traduire la sensibilité du jour. Coquillage est un roman intimiste qui insiste sur le fait qu’avant de vouloir changer le monde, ce qui est le propre de toute entreprise littéraire authentique, il faut d’abord se changer soi-même. L’attention que l’auteure accorde à l’individu dans ce récit, contrairement à la vision collective projetée par L’Épuisement du soleil, coïncide avec ce qu’on peut observer présentement dans la société québécoise, soit un retour au privé et l’abandon des grands projets collectifs susceptibles de cristalliser l’idée de nation.


1988

Lauréats 
Gilles Pellerin
pour Ni le lieu ni l’heure (recueil de nouvelles)

Francine Pelletier pour La Petite Fille du silence (nouvelle)

Membres du jury
Louis-Philippe Hébert, président
Jean Basile
Laurent Laplante
Esther Rochon
Claude Janelle

Bourses : 1 000 $ et 500 $

Commanditaire : Logidisque

Québec, 18 avril 1988. – Le Grand Prix de la science-fiction et du fantastique québécois a été attribué, dans la catégorie «livre», à Ni le lieu ni l’heure de Gilles Pellerin et, dans la catégorie «nouvelle», à La Petite Fille du silence de Francine Pelletier.

Le jury a tenu à souligner le caractère protéiforme du fantastique qui se manifeste dans certaines nouvelles de Gilles Pellerin. En honorant celui-ci, il a aussi voulu rendre hommage à la richesse et à l’authenticité de son inspiration, nourrie par l’assimilation de diverses influences acquises par suite de la fréquentation assidue des meilleurs auteurs européens et latino-américains.

Gilles Pellerin pratique un fantastique souvent discret qui ne se manifeste que par une subtile altération de la réalité. Chez lui, les frontières entre les genres sont on ne peut plus mouvantes. Le traitement du thème fantastique emprunte régulièrement le détour de l’ironie, sorte de fantastique au second degré.

Il y a dans l’œuvre de Gilles Pellerin un projet littéraire qui s’édifie autour de la notion de littérature fantastique dont il tente de repousser les limites. Cette volonté de recherche qui anime chacun de ses textes contribue à faire de chaque nouvelle une expérience de lecture unique et imprévisible.

Dans le cas de Francine Pelletier, le jury a particulièrement apprécié la grande sensibilité qui habite sa création d’un monde interplanétaire, notamment dans la nouvelle primée, La Petite Fille du silence. L’analyse psychologique qui se déploie dans cette nouvelle de science-fiction laisse voir chez l’auteure une habileté certaine à décortiquer les relations humaines les plus complexes.

Francine Pelletier démontre dans cette nouvelle d’envergure, tant par sa longueur que par la complexité de son point de vue narratif, qu’elle maîtrise de plus en plus son écriture. L’histoire de Joena racontée par son vieux complice qui s’adresse à elle au-delà du temps révèle chez l’auteure une sensibilité attentive aux moindres liens affectifs qui se tissent inconsciemment entre les êtres.

La Petite Fille du silence attire l’attention sur une science-fiction davantage marquée par l’élément humain que par les innovations technologiques et la recherche de l’exotisme.


1989

Lauréats 
Évelyne Bernard
pour La Vaironne (roman)

Michel Martin pour Geisha Blues (nouvelle)


Finalistes
Marc Sévigny pour Vertige chez les anges (recueil de nouvelles)
Stanley Péan pour La Plage des songes (recueil de nouvelles)

Jean Dion pour L’Intrus (nouvelle)
Joël Champetier pour Survie sur Mars (nouvelle)

Membres du jury
Claude Janelle, président
Gilles Pellerin
Francine Pelletier
Norbert Spehner
Sophie Beaulé

Bourses : 1 000 $ et 500 $

Commanditaire : Logidisque

Québec, 20 avril 1989. – Le Grand Prix de la science-fiction et du fantastique québécois a été attribué, pour la catégorie «livre», au roman fantastique La Vaironne d’Évelyne Bernard et, pour la catégorie «nouvelle», à Geisha Blues de Michel Martin. À partir du thème classique du vampirisme, Évelyne Bernard brode une variante psychologique très intéressante et captivante en y intégrant des éléments de la littérature policière. Elle excelle dans la description des personnages et des atmosphères et dans la conduite d’un récit plein de rebondissements dramatiques.

Dans ce roman où tout est prétexte à des jeux de miroir qui témoignent aussi de la modernité de sa technique narrative, Évelyne Bernard livre en définitive une réflexion sur la puissance de l’art et une superbe métaphore sur la responsabilité de l’artiste qui s’inspire de la réalité et des êtres vivants. La romancière a su concilier, dans La Vaironne, les préoccupations intellectuelles du créateur et le plaisir du lecteur en orchestrant une narration qui endosse pleinement les lois romanesques.

Le jury a aussi reconnu dans la nouvelle de Michel Martin, pseudonyme de deux écrivains qui travaillent en collaboration, Jean Dion et Guy Sirois, l’audace de l’écriture qui rend d’une façon poignante la complexité de la personnalité multiple de la narratrice. Le lyrisme et le style syncopé de Geisha Blues contribuent à la réussite de cette dramatique histoire de conditionnement des êtres dans un monde normalisé à l’extrême.